« Votre corps est votre meilleur ami »
Lise Bourbeau, auteure du bestseller Les cinq blessures qui empêchent d’être soi-même, répond à nos questions sur le poids, l’autosabotage et les clés d'une vie en harmonie avec son corps.

« Le corps ne ment jamais » , insiste Lise Bourbeau dans son ouvrage Les cinq blessures qui empêchent d’être soi-même. Cette experte du développement personnel a écrit de nombreux best-sellers traduits dans le monde entier, dont Ecoute ton corps : ton plus grand ami sur terre et La guérison des cinq blessures. Formée en sciences humaines aux Etats-Unis, cette ancienne commerçante choisit d’éditer elle-même ses ouvrages et fonde l'école de formation en relation d'aide et de développement personnel E.T.C (Ecoute ton corps) en 1982. Depuis, elle a publié 25 livres vendus à plus de 6.5 millions d'exemplaires et s'est imposée comme une référence dans le domaine du bien-être. Elle répond à nos questions en exclusivité sur les cinq blessures, la prise de poids, ainsi que les clés du bien-être physique et mental.

WW. Pourriez-vous expliquer le lien entre le corps physique et le mental dont vous parlez dans vos livres ?
L.B. Tout ce qui se passe dans notre corps est une manifestation de ce qu’il se passe dans le mental. Si nous prenons du poids ou si nous avons une douleur quelque part, notre corps essaie de nous dire quelque chose. Et pour se sentir bien, il est très important de l’écouter, car la façon dont nous nous occupons de notre corps démontre l’amour que nous avons pour nous-même. Une personne qui ne prend pas soin de son corps, qui ne fait pas attention à ce qu’elle mange, et qui n’écoute donc pas ses besoins, manque forcément d’amour pour elle-même. A ce moment-là, son corps tire la sonnette d'alarme pour lui montrer qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Il faut alors qu'elle regarde à l’intérieur d'elle-même pour comprendre ce que c’est.
Pourriez-vous donner un exemple de quelque chose que vous avez appris grâce à votre corps ?
Il y a quelques années, je me suis aperçue que j’avais pris 15 kg. J’ai donc décidé de noter pendant plusieurs jours tout ce que je mangeais et buvais. Cela a été une grande révélation, car je me suis aperçue que je mangeais totalement par habitude, par émotion, ou simplement parce que je n’étais pas capable de dire « non ». Je n’écoutais pas les besoins de mon corps et je n’en avais même pas conscience. J’ai donc commencé à me demander « Est-ce que j’ai vraiment faim ? » et « De quoi ai-je réellement envie de manger ? ». Puis j’ai perdu du poids petit à petit.
Cela veut-il dire qu’une personne qui n’est pas en surpoids, qui fait attention à son alimentation et qui est sportive, s’aime ?
Non, car cela ne veut pas forcément dire qu’elle écoute ses besoins. Peut-être que cette personne se prive, se focalise sans arrêt sur son apparence physique, ou qu’elle fait trop de sport sans écouter les besoins de son corps. C’est alors simplement une autre forme d’excès que celle de la nourriture. L’amour de soi, c’est d’abord la cohérence entre le corps et l’esprit. Dans tous les cas, il faut d’abord s’accepter. Soit on accepte notre corps tel qu’il est, soit on accepte qu’on est en surpoids. Dans ce dernier cas, on observe d’abord notre façon de manger, puis on rééquilibre notre alimentation. Car si on se prive et on n’écoute pas ses besoins, on n’arrivera pas à perdre du poids, ou on ne maintiendra pas notre objectif sur le long-terme.
Parlez-nous des cinq blessures qui nous empêchent d’être nous-mêmes…
Il y a le rejet, l'abandon, l'humiliation, la trahison et l'injustice. Ces cinq blessures fondamentales sont à l'origine de nos maux qu'ils soient physiques, émotionnels ou mentaux. Nous avons tous quatre de ces cinq blessures, de façon plus ou moins prononcée, et nous réagissons tous différemment à ces blessures.
Une personne qui souffre de la blessure du rejet est fuyante. Elle est introvertie et a peu de chances de prendre du poids. Elle a souvent de la rancune et pleure facilement.
Une personne qui souffre de la blessure d’abandon est dépendante. Elle a besoin d’attirer l’attention sur elle et a de la difficulté à fonctionner seule.
Une personne qui souffre de la blessure d’humiliation est masochiste. Elle a peur de la liberté et refoule les pulsions de ses sens. Elle prend aussi du poids facilement. C’est la seule des cinq blessures que nous ne possédons pas tous.
Une personne qui souffre de la blessure de trahison est contrôlante. Elle fait tout pour convaincre les autres de sa forte personnalité même physiquement, avec le développement de ses muscles.
Une personne qui souffre de la blessure d’injustice est rigide. Elle est perfectionniste dans tous les aspects de sa vie, même avec son corps. Mais elle a tendance à s'autosaboter si les choses se passent « trop » bien, selon elle.
Il faut savoir que ce n’est pas parce qu’on a un excès de poids qu’on a forcément la blessure d’humiliation. Une personne avec un autre profil peut aussi être en surpoids si elle essaie de trop contrôler certains aspects de sa vie, ou si elle n’écoute pas ses besoins.

Par où faut-il commencer pour guérir nos blessures ?
La guérison commence au moment de l’introspection. Il faut reconnaître les moments où nous agissons uniquement par égo et se demander « Comment est-ce que je me sens avec moi-même ? », car les cinq blessures sont essentiellement des manifestations de notre égo. Il faut prendre l’habitude de reconnaître ce que nous ressentons, en sachant que les émotions telles que la culpabilité, la souffrance et la colère proviennent uniquement de celui-ci. Notre égo est à l’origine de l’autosabotage, telles que les pulsions alimentaires qui pourraient empêcher à quelqu’un de perdre du poids.
Pourriez-vous définir ce que vous entendez par « égo » ?
C’est une création mentale fabriquée uniquement à partir de notre mémoire dans le but de nous protéger. Il ne faut pas s’y fier, car il n’est pas dans le moment présent. L’égo pense reconnaître des situations qui ressemblent à des moments qui nous ont blessées dans notre passé et de nous empêcher de revivre de la souffrance. Le souci est que les nouvelles situations que nous rencontrons ne sont pas celles de notre passé. Alors, en réalité, notre égo nous enferme dans une sorte d’imaginaire qui nous empêche de vivre de nouvelles choses. En étant toujours dans le passé, il ne fait que nous inquiéter pour le futur.
Pensez-vous que certains facteurs de société, telle que l’évolution de la technologie, nous empêchent d’être à l’écoute de notre corps ?
Oui, c’est même certain. Il y a tant de produits chimiques dans notre alimentation et nos produits de beauté. Très jeunes, les enfants commencent déjà à manger des aliments qui sont néfastes pour leur santé et certains possèdent déjà des smartphones et des tablettes ! Il est important de prendre conscience de tout cela, car lorsque nous nous recentrons sur nos vrais besoins, notre vie se transforme… Je remercie sans cesse mon corps. Si je dois porter quelque chose de lourd, par exemple, et que j’y arrive, je lui dis « merci » . C’est une façon d’être à l’écoute et de maintenir une bonne relation avec lui. Et c’est bénéfique, car aujourd’hui à 81 ans et je suis en bonne santé et me sens en forme !