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« La difficulté est le dilemme entre le plaisir immédiat et les bénéfices sur le long-terme »

Le Dr. Philippe Presles, médecin, psychothérapeute et auteur, répond à nos questions sur le lien entre le bonheur et le chemin vers un mode de vie plus sain.

Dernière mise à jour 19 février 2023
« La difficulté est le dilemme entre le plaisir immédiat et les bénéfices sur le long-terme »

« Il n'est pas de bonheur durable avec un corps qui souffre », explique le Dr. Philippe Presles dans son nouvel ouvrage, Moi - apprendre à vivre avec son meilleur ami et son pire ennemi, publié en début d’année. Selon cet expert en psychologie et en neurosciences, il est essentiel d’arrêter de lutter contre soi-même pour trouver le bien-être physique et psychologique. Il attaque son récit avec l’histoire d’une expérience personnelle qui aurait déclenché sa réflexion profonde sur le « Moi », la voix intérieure que nous entendons penser à longueur de journée, qui gouverne notre état mental et nos actes. Alors étudiant en médecine, il a survécu à une violente électrocution en écoutant sa voix intérieure… Une chose que nous serions tous capables de faire pour vivre en harmonie et en bonne santé !

En quelques mots, d’où vient cette voix intérieure, ce « Moi » ?

Dr. Philippe Presles. Nous partageons avec les petits enfants et les animaux la capacité d’accéder à la conscience, c’est-à-dire de percevoir consciemment ce qui se passe autour de nous. Ce qui nous distingue en revanche est la conscience de soi. Celle-ci demande un apprentissage qui dure environ cinq ans chez l’enfant, au cours de laquelle il construit progressivement un « moi ». Cette construction psychique nous permet de nous projeter dans le passé pour la construction de souvenirs, dans l’avenir pour se projeter dans le futur, ainsi que dans l’esprit des autres.

A qui vous adressez-vous dans votre ouvrage ?

D’abord à ceux qui s’intéressent et qui s’émerveillent de l’être humain. Puis à ceux qui souhaitent comprendre comment fonctionne leur psychisme, qui veulent comprendre pourquoi parfois ils se sentent bien et parfois ça ne va pas. Je cherche à leur apporter des moyens de mieux se comprendre et d’agir. Enfin, mon livre est destiné à ceux qui ont envie de se faire du bien, voire à ceux qui ont envie d’arrêter de se faire du mal.

Apprendre à vivre avec sa voix intérieure peut-il nous aider à adopter un mode de vie plus sain ?

Certainement, car nous savons tous que pour avoir un mode de vie plus sain il faut bien manger, rester actif, bien dormir et prendre soin de soi. Ce qui nous freine est ce que cela nous coûte ! Cela génère ce qu’on appelle « un inconfort psychologique ». Quand on fait du sport, il faut fournir un effort physique, par exemple. En plus, nous ne voyons pas forcément de bénéfices immédiats, alors nous sommes en balance entre un soulagement court-terme versus des bienfaits moyen terme (se sentir en forme, mieux dans sa peau, etc.). Si nous privilégions souvent le plaisir immédiat, comme manger des aliments trop gras et sucrés, ou que nous passons nos soirées devant la télévision, c’est que nous ne valorisons pas assez les bénéfices à moyen-terme. Pour trouver l’énergie d’affronter les inconforts et vivre mieux, il est essentiel de reconnaître les valeurs qui sont importantes pour notre « moi ».

Vous dites « l’acquisition de nouveaux bons réflexes est le résultat de la constance ». Comment pouvons-nous développer cette capacité pour améliorer notre vie ?

Plus nous sommes absorbés par ce que nous faisons, plus nous sommes heureux. Mais pour être totalement concentré sur une activité, il faut passer par une période d'apprentissage. C’est comme quand nous apprenons à faire du vélo : au début, il faut se concentrer sur ses gestes et son équilibre. Une fois que la technique est acquise, nous pouvons réellement en profiter, en observant le paysage, et en pédalant plus rapidement pour mieux se défouler, par exemple. Il en est de même pour le choix de nos aliments. Plus nous nous entraînons à choisir de manger des fruits et des légumes, plus cela deviendra un automatisme. C’est pour cela que la constance paye !

Vous expliquez que « nous bougeons physiquement dix fois moins que nos arrière-grands-parents ». En quoi est-ce que le fait d’être actif est-il important pour être heureux ?

La première raison est qu’une grosse partie de notre cerveau sert à faire fonctionner nos muscles et nos organes. En faisant du sport, nous entraînons donc toute cette partie-là. Deuxièmement, l’activité physique nous permet d’être absorbés dans le moment présent, ce qui casse les ruminations. C’est pour cela que le sport est un excellent antidépresseur. Et il nous aide aussi à réfléchir de manière plus claire, le moment idéal pour prendre une décision est après une bonne séance de sport ! Car nous simplifions automatiquement la difficulté de nos choix.

Pouvez-vous nous donner vos astuces pour trouver le bonheur au quotidien ?

La première chose que je recommande est la gratitude. C’est-à-dire, chaque jour de prendre un peu de temps pour repenser aux bons moments de la journée, afin de les garder en mémoire. C’est important, car nous avons tendance à naturellement nous concentrer sur les mauvais moments. Ensuite il y a le sourire, car quand nous sommes heureux, nous sourions. Nous devenons aussi heureux et les autres sourient autour de nous. Les personnes pessimistes, méfiantes et dans la réflexion ont tendance à moins réussir. Alors je recommande aussi d’essayer d’être optimiste, confiant et dans l’action. Cela permet d’avoir de meilleures relations avec les autres et de vivre plus longtemps.