État d'esprit

La couvade

et si on en parlait ?

Pendant la grossesse, certains futurs papas s’arrondissent tout autant ou presque que leur compagne. Comment réagir face à ce « mimétisme » ?

À l’instar de leur compagne, certains futurs pères (entre 10 et 30% selon les estimations(1)) voient leur ventre pousser au fil des neuf mois de grossesse. « S’ils se font généralement - plus ou moins gentiment - tourner en dérision, ces hommes qui accumulent ainsi les kilos ne le font pas par simple caprice immature ou, comme on le dit parfois à tort, par jalousie de ne pas pouvoir porter eux-mêmes l’enfant à naître » explique Benoît Le Goëdec, sage-femme et auteur d’ouvrages sur la paternité(2). Car la couvade, si elle prête à sourire, « peut parfois cacher des difficultés personnelles intimes, et un vrai besoin d’expression et d’accompagnement face à la naissance ». 

 

De la joie, mais aussi du stress


Certes, pour un grand nombre de « papas en devenir », cette prise de poids progressive participe d’un véritable épanouissement, d’une sensation de bien-être, d’un lâcher-prise (voire laisser-aller) joyeux et empreint de fierté et d’enthousiasme, ou même d’une parenthèse de retrait et de cocooning qui participe à la « nidification ». Mais chez d’autres à l’inverse, elle traduit une réelle demande d’attention. « Cela n’a rien d’étonnant car pendant la grossesse certains hommes ont une douloureuse sensation de solitude. Tout l’entourage se passionne pour le ventre de leur compagne mais sans s’intéresser à leurs possibles questionnements, stress ou anxiété, pourtant légitimes face à cet événement de vie majeur qui demeure un vrai saut dans l’inconnu  et qui signe la découverte de la responsabilité ». La couvade doit alors être comprise comme ce qu’elle est : une façon d’exprimer et d’extérioriser qu’il n’est pas forcément si simple de vivre cette période de transition. 

« D’ailleurs, certains hommes dépassent largement la simple prise de poids et présentent diverses maux très proches des symptômes habituels de la grossesse : nausées matinales, douleurs dorsales ou abdominales, insomnies, irritabilité, fatigue voire asthénie… Le corps est un moyen d’expression ! Ces signes inhabituels dissimulent alors parfois un malaise personnel, et un besoin de réponses à des questions qui ne parviennent pourtant pas à être formulées clairement ».

 

Vivre la grossesse à deux


Faut-il s’en inquiéter ?  « Non, dans la majorité des cas, mais au lieu d’en rire sans chercher à voir plus loin qu’un ventre qui devient de plus en plus rebondi, mieux vaut en discuter ensemble, pour déterminer s’il s’agit d’épanouissement ou d’instabilité ». Et dans tous les cas, au lieu de tourner en ridicule le papa, ou de se contenter de planquer chips et chocolat et lui interdire de se resservir, il faut communiquer, l’aider à s’exprimer, surtout si les symptômes sont importants et s’accompagnent d’un repli sur soi. Certes, avec l’arrivée du bébé, le problème se solutionnera de lui-même, mais la grossesse reste un chemin de joie à partager, pendant lequel il ne faut pas laisser le papa se perdre seul en chemin. Plus il participera pleinement à la grossesse aux côtés de sa compagne (il est dans notre pays souvent laissé de côté lors de ces mois fortement médicalisés), plus il pourra parler, se rassurer, et s’épanouir autrement qu’à travers des kilos qui s’additionnent. 

 

(1) Brennan, A., Ayers, S., Ahmed, H. and Marshall-Lucette, S. (2007). A critical review of the Couvade syndrome: The pregnant male. Journal of Reproductive and Infant Psychology, 25(3), pp. 173-189.
(2) Auteur, avec Lionel Paillès de « Bientôt Papa »  et « Papa débutant », tous deux aux éd. First.